Publié le 12 mars 2024

Pour un skieur alpin, la clé du ski de randonnée n’est pas la puissance, mais de désapprendre l’instinct de vitesse pour maîtriser l’art de l’économie d’énergie.

  • La gestion de la chaleur et l’économie de chaque mouvement priment sur la performance brute.
  • Le matériel et ses micro-réglages sont des outils stratégiques pour réduire la dépense énergétique, et non de simples accessoires.

Recommandation : Concentrez-vous sur la recherche d’un rythme de croisière durable, où la respiration reste fluide, et considérez chaque geste comme une opportunité de préserver votre énergie pour le sommet et la descente.

La scène est familière pour le bon skieur alpin qui s’aventure en ski de randonnée : les jambes brûlent, le cœur martèle les tempes, et la transpiration coule à flots alors que le sommet semble encore une lointaine promesse. Vous avez la technique en descente et une condition physique solide, pourtant, à mi-pente, vous êtes « cuit ». Cette frustration est courante et provient d’une erreur fondamentale : aborder la montée avec la mentalité explosive de la descente.

Les conseils habituels fusent : « partez lentement », « hydratez-vous ». Ces vérités sont indéniables, mais elles ne touchent pas le cœur du problème. La véritable transition du ski alpin à la randonnée n’est pas physique, elle est philosophique. Il s’agit d’abandonner l’idée de performance brute pour embrasser une discipline de gestion méticuleuse de l’énergie, une sorte de « contemplation active » où chaque geste est optimisé.

Mais si la clé n’était pas de « pousser plus fort », mais d’apprendre à ne gaspiller aucune calorie ? Si le secret résidait dans l’économie gestuelle et l’anticipation, transformant chaque détail, du serrage de vos chaussures au choix de votre itinéraire, en un levier d’endurance ? C’est ce que nous nommons « désapprendre l’Alpin » : une approche où la lenteur devient une force et l’efficacité, un art.

Cet article n’est pas une simple liste de conseils. C’est un guide pour reprogrammer votre approche. Nous allons explorer comment les décisions prises avant même de chausser les skis, les micro-réglages de votre matériel, la maîtrise des techniques clés, et même votre comportement en refuge, forment un système complet pour vous permettre, enfin, de savourer le sommet et, surtout, la descente que vous aurez méritée.

Pour vous accompagner dans cette transformation, nous avons structuré ce guide en étapes logiques, de la préparation en amont à la récupération, en passant par les points techniques essentiels qui feront toute la différence sur le terrain.

Dans quel ordre vérifier les 3 paramètres (Bera, Météo, Groupe) avant de partir ?

L’économie d’énergie en ski de randonnée commence bien avant le premier pas. Elle naît d’une décision éclairée, d’une anticipation qui évite de se retrouver dans une situation où l’on est contraint de surconsommer ses réserves. La gestion de l’effort est avant tout une affaire de planification. L’erreur classique est de choisir un itinéraire puis d’essayer de l’adapter aux conditions. L’approche d’un guide est inverse : on analyse les contraintes pour définir le champ des possibles.

Cette planification suit une logique d’entonnoir implacable. Premièrement, les conditions objectives (Météo et Bulletin d’Estimation du Risque d’Avalanche – BERA) dictent si une sortie est simplement envisageable. Un risque 4/5 ou une tempête de vent annoncée clôt le débat avant même qu’il ne commence. C’est la base non négociable de la sécurité et de la sérénité.

Deuxièmement, le facteur humain : le groupe. Son homogénéité, son expérience et la forme de chacun sont déterminants. Planifier une course exigeante avec un membre moins expérimenté est la recette parfaite pour l’épuisement de tous. Il est crucial d’évaluer honnêtement le niveau collectif. Des données montrent qu’un skieur sportif peut tenir un rythme de 500m de dénivelé par heure, contre 300m/h pour un débutant. Ignorer cet écart, c’est s’exposer à des attentes irréalistes et à une pression qui consume l’énergie.

Ce n’est qu’en troisième lieu, une fois ces deux filtres passés, que l’on choisit l’itinéraire. Il doit être la synthèse optimale : une course adaptée au maillon le plus faible du groupe, dans les conditions du jour. Cette anticipation stratégique est le premier geste d’économie d’énergie. Elle garantit que vous ne partirez pas pour une bataille perdue d’avance, mais pour une sortie où l’effort sera un plaisir, pas une punition.

Votre plan d’action en entonnoir avant chaque sortie

  1. Conditions (Météo/BERA) : Analysez les bulletins officiels. La sortie est-elle objectivement sûre et réalisable aujourd’hui ?
  2. Groupe (Niveau/Homogénéité) : Évaluez lucidement la forme et l’expérience de chaque participant. L’objectif est-il réaliste pour nous ?
  3. Itinéraire (Synthèse) : Sur la base des deux points précédents, définissez la course idéale, son horaire et son plan B.
  4. Matériel de sécurité : Vérifiez que chaque membre du groupe possède et sait utiliser son triptyque DVA-pelle-sonde.
  5. Communication pré-départ : Mettez-vous d’accord sur le rôle du leader, le rythme à adopter et l’objectif commun pour éviter toute ambiguïté en cours de route.

Carbone ou plastique : que privilégier pour un programme 60% montée / 40% descente ?

Pour le skieur alpin habitué à des chaussures rigides et lourdes, conçues pour la performance pure en descente, le choix d’une chaussure de randonnée est un changement de paradigme. L’équation n’est plus seulement la skiabilité, mais un arbitrage complexe entre poids, débattement et rigidité. Pour un programme polyvalent (60% montée / 40% descente), ce choix est une décision stratégique qui impacte directement votre capital énergie.

Le poids est l’ennemi numéro un à la montée. Chaque gramme soulevé à chaque pas est une dépense énergétique. L’impact est loin d’être négligeable. Pour se donner un ordre d’idée, les experts estiment que 200g gagnés par chaussure équivalent à ne pas soulever une brique à chaque pas sur 1000m de dénivelé. Sur une sortie complète, l’économie est colossale. Les chaussures en carbone, bien que plus onéreuses, offrent un avantage de poids considérable, se situant souvent dans la catégorie « Polyvalent » voire « Compétition », ce qui se traduit par une fatigue moindre en fin de journée.

Cependant, le poids ne fait pas tout. Le débattement du collier, c’est-à-dire l’amplitude du mouvement de la cheville vers l’avant et l’arrière en mode marche, est tout aussi crucial. Un grand débattement (supérieur à 60°) permet une foulée plus naturelle, plus longue et donc plus efficace. C’est un pilier de l’économie gestuelle. Les chaussures en plastique modernes ont fait d’énormes progrès, mais les modèles en carbone excellent souvent dans ce domaine.

Le compromis se situe au niveau de la rigidité en descente. Le plastique (souvent du Grilamid ou du Pebax) offre une déformation plus progressive et un toucher de neige souvent jugé plus « alpin », ce qui peut rassurer. Le carbone, très rigide, peut être plus exigeant et moins tolérant. Pour un programme 60/40, la question est : êtes-vous prêt à sacrifier un peu de performance en descente pour un gain massif d’énergie à la montée ? Pour le randonneur qui veut « durer », la réponse tend souvent vers la légèreté.

Ce tableau comparatif, basé sur une analyse des pratiques courantes, met en lumière les arbitrages à considérer pour choisir une chaussure adaptée à votre programme et à votre objectif premier : atteindre le sommet sans être épuisé.

Comparaison des types de chaussures de ski de randonnée
Type de pratique Poids moyen par chaussure Débattement Nombre de crochets Ratio montée/descente
Polyvalent 1200-1500g 50-60° 2-3 40-60% / 40-60%
Freeride 1500-1800g 40-50° 4 20-30% / 70-80%
Compétition 600-1100g 60-70° 1-2 80-100% / 0-20%

L’erreur de serrage de chaussures qui ruine vos talons en 30 minutes

Avoir la chaussure la plus légère du marché ne sert à rien si on l’utilise mal. L’une des erreurs les plus fréquentes, et les plus coûteuses en énergie et en confort, est héritée directement du ski alpin : le serrage excessif à la montée. Un skieur alpin a l’habitude de sangler ses pieds pour un maximum de précision. Appliquer ce réflexe à la montée est une garantie de souffrance et de gaspillage énergétique.

À la montée, le pied a besoin de vivre. Il doit pouvoir se dérouler naturellement et la cheville doit bénéficier de toute l’amplitude offerte par le débattement de la chaussure. Un serrage trop fort, que ce soit au niveau des crochets du cou-de-pied ou du scratch du collier, entrave ce mouvement. Le résultat est double : d’une part, la foulée est plus courte et moins efficace, vous forçant à faire plus de pas pour la même distance. D’autre part, le talon, mal maintenu et pourtant contraint, frotte contre la coque, créant des ampoules en un temps record.

La bonne pratique est un « double serrage » différencié. Pour la montée, la chaussure doit être en mode « marche », avec le collier déverrouillé. Les crochets du bas de coque peuvent être légèrement serrés pour maintenir le pied, mais ceux du collier, ainsi que le power strap, doivent être complètement ouverts. Cela libère la cheville et maximise l’efficacité de la marche. Le pied est maintenu sans être compressé, ce qui favorise également une meilleure circulation sanguine et prévient le refroidissement.

Ce n’est qu’au sommet, juste avant d’entamer la descente, que le mode « alpin » est réactivé. On verrouille le collier, on serre les crochets et le strap pour obtenir la rigidité et la précision nécessaires au pilotage des skis. Ce simple rituel de transition, qui prend 30 secondes, est un des secrets les mieux gardés de l’économie gestuelle.

Vue rapprochée d'une main ajustant les crochets ouverts d'une chaussure de ski de randonnée en mode montée.

Cette image illustre parfaitement le concept : les boucles du haut de la chaussure sont ouvertes, offrant une liberté de mouvement maximale à la cheville, un geste essentiel pour une montée efficace et confortable. C’est l’antithèse du réflexe alpin qui consiste à tout verrouiller.

L’erreur de réglage des bâtons qui détruit vos articulations en descente

Après les chaussures, les bâtons sont le deuxième point de contact essentiel qui peut soit drainer, soit préserver votre énergie. Là encore, le skieur alpin doit désapprendre. En ski de piste, la longueur des bâtons est fixe et optimisée pour la descente. En randonnée, l’utilisation de bâtons télescopiques n’est pas un luxe, c’est une nécessité stratégique pour s’adapter aux deux phases de l’effort.

L’erreur la plus commune est de conserver la même longueur de bâtons à la montée et à la descente. Or, à la montée, le corps est plus droit et le terrain est en pente. Pour maintenir une posture efficace et soulager le dos, les bâtons doivent être réglés 10 à 15 cm plus longs que pour la descente. Un bâton trop court force à se pencher en avant, créant une tension inutile dans les lombaires et les épaules, et réduisant la capacité pulmonaire. Un bâton trop long à la montée est tout aussi néfaste, provoquant une crispation des épaules.

Le rôle du bâton à la montée n’est pas la propulsion, sauf dans de très rares passages raides. Son rôle principal est l’équilibre. Penser à « pousser » sur les bâtons à chaque pas est une dépense énergétique considérable et inutile. Le mouvement doit venir des jambes ; les bâtons sont là pour stabiliser le corps, surtout dans les dévers ou lors des conversions. Dans une pente en traversée (dévers), l’astuce n’est pas de raccourcir le bâton amont, mais d’utiliser le grip long sous la poignée pour décaler la prise et conserver une posture droite.

En descente, on raccourcit les bâtons pour retrouver une position plus basse et plus stable. Utiliser des bâtons trop longs en descente force une position trop haute, rendant l’équilibrage plus difficile et augmentant la charge sur les genoux et les quadriceps. Ce simple réglage différencié est un autre exemple d’économie gestuelle qui, cumulé sur une journée, représente une immense sauvegarde d’énergie.

Pourquoi la conversion en amont est-elle le cauchemar des débutants (et comment la réussir) ?

La conversion. Ce simple demi-tour en pente raide est le mouvement technique qui cristallise toutes les difficultés du débutant. C’est un moment de rupture : rupture du rythme, rupture de l’équilibre, et souvent, rupture du moral. Chaque conversion ratée est une hémorragie d’énergie : on glisse, on s’énerve, on force, et le rythme cardiaque s’emballe. C’est le point où l’économie gestuelle est la plus mise à l’épreuve.

Le cauchemar vient du fait que ce mouvement semble contre-intuitif et demande une dissociation du corps. L’instinct est de se précipiter, alors que la clé est la décomposition lente et contrôlée. La peur de la chute pousse à se crisper, alors qu’il faut rester souple et faire confiance à son matériel. Pour le skieur alpin, habitué à ce que les skis tournent « sous lui », le fait de devoir les lever et les pivoter dans le vide est déstabilisant.

La réussite d’une conversion repose sur une séquence précise, où le transfert de poids est roi. Comme l’explique la technique préconisée par des experts comme Salomon, tout le poids du corps doit d’abord être fermement ancré sur le ski aval (celui du bas). Les bâtons sont plantés en amont pour créer un tripode de stabilité. C’est cette base stable qui permet de libérer le ski amont (celui du haut). On lève alors ce ski, on le fait pivoter vers la nouvelle direction, et on le repose délicatement, le plus près possible de l’autre pied. Une fois le poids transféré sur ce ski amont désormais stable, le ski aval n’a plus qu’à pivoter dans son sillage. Chaque étape est une invitation au calme et à la précision.

Maîtriser ce geste, c’est transformer un point de stress majeur en une simple virgule dans la phrase de votre ascension. C’est la différence entre s’épuiser à lutter contre la pente et danser avec elle. La liste suivante décompose ce mouvement en quatre étapes fondamentales à répéter mentalement jusqu’à ce qu’elles deviennent un automatisme fluide.

  • Étape 1 : Se positionner légèrement au-dessus de la trace où l’on veut repartir pour se donner de l’espace.
  • Étape 2 : Ancrer le ski aval perpendiculaire à la pente et transférer tout son poids dessus pour une stabilité maximale.
  • Étape 3 : Soulever et faire pivoter le ski amont, en le gardant proche du corps, pour le poser dans la nouvelle direction.
  • Étape 4 : Transférer calmement le poids sur le ski amont, puis pivoter le ski aval autour de la chaussure pour le ramener parallèle.

Comment recoller ses peaux par grand froid et vent fort ?

Rien ne sape plus vite l’énergie et le moral qu’un problème matériel en conditions hostiles. Et parmi ces problèmes, les peaux de phoque qui refusent de coller par grand froid ou à cause de la neige sont un grand classique. Ce n’est plus seulement une question technique ; cela devient une lutte contre le refroidissement, le stress et une perte de temps précieuse. Savoir gérer cette situation avec un protocole efficace est un pilier de l’autonomie et de la gestion d’énergie.

Le froid est l’ennemi de la colle. Il la rigidifie et diminue son pouvoir adhésif. Le vent et la neige sont ses complices : ils s’infiltrent sur la semelle du ski et sur la colle, créant une couche qui empêche tout contact. L’erreur du débutant est de s’acharner, exposant les peaux aux éléments et aggravant la situation. La solution est de créer un environnement de travail protégé et d’agir avec méthode.

Mains gantées réchauffant des peaux de phoque à l'intérieur d'une veste de ski pour les protéger du froid.

Avant toute chose, il faut créer une plateforme de travail stable en tassant la neige avec ses skis. Ensuite, on ne retire qu’un ski à la fois pour garder un appui stable. La peau doit être manipulée avec précaution pour éviter tout contact avec la neige. Le geste salvateur, comme le montre cette image, est de placer la peau récalcitrante à l’intérieur de sa veste, contre le corps. La chaleur corporelle va ramollir la colle et lui redonner de l’efficacité. Pendant ce temps, on gratte méticuleusement la semelle du ski avec une raclette pour enlever toute trace de neige ou de glace.

Ce protocole, appliqué avec calme, transforme une situation de crise potentielle en une simple pause technique. C’est l’incarnation de la philosophie du guide : ne pas paniquer, analyser, et appliquer une solution éprouvée. C’est ainsi que l’on préserve son énergie pour ce qui compte vraiment : progresser en sécurité.

  • Créez une zone de travail stable en tapant la neige avec vos skis.
  • Ne déchaussez qu’un seul ski à la fois pour ne pas vous enfoncer.
  • Manipulez les peaux avec soin, en leur tournant le dos au vent pour les protéger.
  • En cas de froid extrême, réchauffez la peau en la plaçant sous votre veste pendant quelques minutes.
  • Si la colle est vraiment inefficace, certaines peaux disposent d’une bande de colle d’urgence centrale, protégée par un ruban à retirer en dernier recours.

Pourquoi sans les vaches, la station de ski deviendrait une friche impraticable ?

Adopter une démarche contemplative, c’est aussi comprendre les liens invisibles qui façonnent le paysage que nous parcourons. Notre effort à la montée n’est pas seulement dicté par notre physiologie, mais aussi par la nature même du terrain. Et ce terrain, en moyenne montagne, est le fruit d’une collaboration millénaire entre l’homme et l’animal. Le rôle du pastoralisme est un exemple fascinant de cette interaction.

L’été, les troupeaux de vaches, de moutons ou de chèvres qui pâturent sur les alpages ne font pas que produire du fromage. Ils sont les jardiniers de nos pistes d’hiver. En broutant l’herbe, ils la maintiennent rase et uniforme. À l’arrivée des premières neiges, ce tapis végétal court permet au manteau neigeux de se stabiliser rapidement et sur une surface lisse. Sans cet entretien, les pentes se couvriraient de hautes herbes, de vernes et d’arbustes. Ces obstacles, cachés sous la neige, deviendraient des pièges, augmentant le risque de chute et rendant le traçage et le ski beaucoup plus laborieux et énergivores.

Cette connexion entre un troupeau en été et notre dépense énergétique en hiver est un rappel que la montagne est un système complexe. Notre propre corps est un système tout aussi complexe, particulièrement sensible à l’altitude. La diminution de l’oxygène disponible a un impact direct sur notre métabolisme. Des études de l’IRBMS montrent que la VO2max diminue avec l’altitude, augmentant la dépense énergétique de 300 à 400 kcal/h lors d’une montée soutenue. L’effort que nous percevons est donc amplifié par l’environnement.

Comprendre ces deux aspects, l’un externe (la nature du terrain) et l’autre interne (notre physiologie en altitude), est essentiel pour l’adepte du « slow travel ». Cela invite à l’humilité et renforce la nécessité d’une gestion de l’effort basée non pas sur la force brute, mais sur l’intelligence de situation et l’écoute de son corps et de son environnement.

À retenir

  • La gestion de l’effort en ski de randonnée est une philosophie basée sur l’économie d’énergie, et non sur la performance.
  • Chaque détail compte : la planification, le choix du matériel, les micro-réglages et la technique sont des leviers pour durer.
  • Apprendre à gérer sa thermorégulation et son rythme est plus important que la condition physique brute pour éviter l’épuisement.

Comment réussir sa nuit en refuge gardé sans passer pour un touriste irrespectueux ?

Le cycle de la gestion de l’énergie ne s’arrête pas lorsque l’on déchausse les skis. La nuit passée en refuge est une phase tout aussi cruciale. Pour le randonneur, ce n’est pas une simple étape hôtelière, mais le moment clé de la récupération. Une mauvaise nuit, et la sortie du lendemain est compromise avant même d’avoir commencé. Réussir sa nuit en refuge, c’est donc à la fois respecter les autres et optimiser sa propre physiologie.

Le respect en refuge passe par des règles simples de vie en communauté : préparer son sac pour le lendemain avant l’extinction des feux pour éviter le bruit, utiliser une lampe frontale avec une lumière rouge, et respecter le silence. Mais au-delà de l’étiquette, il faut comprendre l’enjeu physiologique. Une journée de ski de randonnée peut représenter une dépense de 4000 à 5000 calories pour les plus entraînés. Reconstituer ces stocks est vital.

Équipement de ski de randonnée soigneusement organisé dans un refuge de montagne, prêt pour un départ matinal.

L’organisation est la clé d’une soirée et d’une nuit sereines. Comme le suggère cette image, avoir son matériel prêt, ses peaux séchées et son sac organisé permet de se coucher l’esprit tranquille, en minimisant le stress et l’agitation. C’est un acte de respect pour soi-même et pour les autres occupants du dortoir. C’est aussi la première étape d’une matinée efficace, où l’énergie sera consacrée à l’effort, pas à la recherche d’une chaussette perdue.

De plus, l’altitude modifie notre métabolisme. En altitude, notre organisme peine à utiliser les graisses et préfère consommer du glycogène, même pour des efforts d’endurance. Une nuit en refuge est donc l’occasion de recharger ces précieuses réserves de sucres via le dîner. Un sommeil de qualité, même s’il est souvent plus léger en altitude, est indispensable pour que ce processus de récupération soit efficace. Aborder le refuge non comme une contrainte mais comme une partie intégrante de la stratégie de course est le signe d’un randonneur expérimenté.

En définitive, la gestion de l’effort en ski de randonnée est un art complet. En appliquant cette philosophie de l’économie d’énergie, de l’anticipation et du respect de votre corps et de l’environnement, chaque sortie deviendra une expérience plus riche et plus durable. Évaluez dès maintenant comment intégrer ces principes dans la préparation de votre prochaine course.

Rédigé par Marc Servoz, Guide de Haute Montagne certifié UIAGM basé à Chamonix, cumulant 25 ans d'expérience dans l'encadrement de courses alpines techniques et d'expéditions himalayennes. Spécialiste reconnu de la sécurité en terrain glaciaire et de la nivologie, il intervient régulièrement comme formateur pour les aspirants guides.